mardi 25 novembre 2014

Rien ne sera bientôt plus

Comme chacun de vous, j'ai appris il y a peu que David Lynch et Marc Frost réactiveraient prochainement la série Twin Peaks, écriraient et produiraient 9 nouveaux épisodes, pour une diffusion courant 2016.

Ce que j'ignorais, c'est que le timing ne devait rien au hasard.
Twin Peaks, dernier épisode, Between Life and Death (1991) :



1991 + 25 = 2016 (donc)


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Si 2016 sera l'année d'une renaissance, 2014 pourrait bien être celle d'un fin annoncée.
La fin de Rien. Extrait de la newsletter envoyée dimanche dernier.

La plaisanterie n'a pas assez duré, elle a duré ce qu'il fallait. Il devait être minuit et demi dans ce squat grenoblois, le premier décembre 1999, t'en souvient-il ? Vous portiez des bonnets péruviens pour jouer un rock languide sur fond de chants de baleines. Vous êtes sortis de scène sous une timide salve d'applaudissements. Tu t'es retourné vers moi et tu m'as dit «ceci durera quinze ans ».

Le premier décembre 2014. La promesse sera tenue.

Rien ne sera bientôt plus. Juste le temps de sortir un dernier disque, d'honorer une dernière tournée, de terminer le boulot correctement par respect des mêmes principes qui nous poussent à suicider l'aventure à tout jamais. Si dans vingt ans, Thom Yorke se déplace en personne de son aéronef planant au-dessus de l'Ardèche pour nous demander un concert exceptionnel, on lui crachera à la gueule. Qui est-il pour mettre en doute la parole donnée ? Certaines personnes se croient tout permis.

Vendredi, je verrai en effet mon douzième et dernier concert du groupe grenoblois RIEN. D'ici peu, mon t-shirt RIEN (1999-2014) acheté en 2006 aura perdu de son impact. Au final, 
"Requiem pour des baroqueux", "Il ne peut y avoir de prédiction sans avenir", "3", "2", et bientôt "1" [pré-écoute] constitueront donc leur discographie complète.


"Ci-gît Rien, et rien d'autre"


Qu'allons nous devenir lorsque nous n'aurons plus Rien ?




Centenaire+ Aquaserge + Rien, en concert Vendredi 28 novembre
@ Maroquinerie, (soirée Gonzaï)

RIEN, 1 (L’Amicale underground, 2014)

mercredi 19 novembre 2014

Tout ce qu'on s'est dit cette nuit

"L'Eclipse" s'ouvre par un silence pesant, qu'une jeune femme et son fiancé peinent à rompre.


- Alors, Ricardo?
- Qu'y a-t-il?
- Il y a tout ce qu'on s'est dit cette nuit...


Si dialogue il y a eu, il s'est tenu en dehors du film. Devant nos yeux, et que ce soit avec Ricardo ou Piero (Alain Delon), beaucoup de questions ne recevront pour réponse que le silence, ou un "je ne sais pas" bien peu satisfaisant.

Pourquoi on pose tant de questions? A-t-on besoin de se connaître pour s'aimer? Et a-t-on besoin de s'aimer ?

De l'Eclipse, les cinéphiles retiennent surtout le formalisme du final (/!\ Spoiler /!\). Le contraste avec les paroles qui le précèdent est saisissant. Vittoria et Piero se quittent sur des mots et des gestes pleins de promesses :


- On se voit demain ?
- [Vittoria acquiesce]
- On se voit demain, et après-demain.
- Et le jour suivant, et l'autre encore.
- Et celui d'après.
- Et ce soir.
- A huit heures. Même endroit.

Suit une séquence mémorable dépassant les 7 minutes, montrant la ville sous différents angles. A mesure que le jour décline, la bande-son se fait plus inquiétante. Le lieu de rendez-vous reste quant à lui vide, désespérément vide. 


L'éclipseMichael Antonioni (1962)